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penseesdiverses Description du blog :
Pensées diverses, profondes, légères, , absurdes, rationelles, mais en tout cas personelles. Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
19.10.2007 Dernière mise à jour :
12.02.2008
C’est ça. Tout est là, dans cet instant, ce geste.
Cet acte dont on ne tire ni richesse, ni gloire, ni reconnaissance, ni même la satisfaction d’être utile au monde.
Mieux que ça, c’est la fascination d’être inutile au monde.
Inutile, tant à soi même qu’à quiconque,
Vain, dans le présent comme dans l’avenir,
Insensé, sans aucun doute.
Vide.
Rempli à raz bord de vide.
Prêt à craquer sous la pression incessante du vide obstiné.
Mouvement perdu dans la conscience,
Geste qui esquive la raison, qui berne les sentiments, surpasse les émotions.
Flambeau mystérieux dans l’obscurité, loin du brasier de l’existence.
Instant volatile.
C’est toute l’inutilité fondamentale du monde regroupée en un point.
C’est l’Univers, dans le rien.
C’est le Tout, dans l’inutile.
C’est tout.
Tout.
Il était un château, sur une colline, derrière une très ancienne forêt. Ce château comptait un seul résident : le mystique chevalier noir. Les contes et légendes qui circulent à son propos sont innombrables. L’une d’elle affirme que la noirceur de son âme n’a pas su résister à la blancheur des traits d’une princesse. Le cœur enhardi par l’amour, il s’en fût au château où demeurait sa donzelle. Comme toutes les princesses blondes et blanches, celle-ci était convoitée par une myriade de prétendants, chevaliers aux galons tous plus brillants les uns que les autres, honnêtes hommes à l’âme pure, le rang noble, les intentions ferventes, l’esprit altruiste, le tempérament vaillant. Le chevalier noir, bien peu soucieux de tant de futilités, s’empressa d’estropier, transpercer, pourfendre et décapiter les bons héros. Une fois que la cour fut éparpillée sur le sol, les crânes empalés, les mâchoires déboîtées, les thorax tailladés, les bras arrachés, les bijoux volés, les cervelles écrasées sous le joug de la lame vengeuse du triste sire, celui-ci se dirigea vers sa promise. Celle-ci lui fit l’affront de tenter de s’enfuir par la fenêtre. Pris d’un excès de rage, le chevalier s’empara de sa cheville et ramena d’un coup sec la frêle créature sur le lit nuptial. Il arracha la robe de la princesse et, faisant fi de toute forme de délicatesse, la viola tant qu’il pût. Puis il s’arrêta et dans un étrange accès de générosité, lui demanda sa main. Elle fondit en larmes. Vexé, le chevalier noir lui coupa les deux jambes et les deux bras, pris un cheval à l’écurie, attacha la chevelure d’or de la demoiselle à la queue de ce dernier et donna un tel coup sur sa croupe que celui-ci s’enfuit, comme poursuivi par tous les démons. Le chevalier s’en retourna à son château. Il apprit bien vite que sa dernière conquête amoureuse trouvait son identité parmi celles des princesses les plus influentes du royaume. Celle-ci était même convoitée par plusieurs souverains qui, relativement peu satisfaits de la funeste nouvelle, envoyèrent chacun leur armée aux portes du sombre chevalier. Le carnage fut des plus remarquables. Jamais le chevalier n’avait tailladé tant de chair et broyé tant d’os en si peu de temps. Même après la bataille, les plaintes sanguinolentes de quelque buste défiguré emplissaient la colline du chevalier, ravi d’un tel exploit militaire. Lorsque la putréfaction des cadavres eût atteint un point tel que ceux cis furent suffisamment décomposés pour permettre à notre héros de se tailler un chemin parmi la jungle funèbre, celui-ci pût quitter son donjon dans l’esprit d’aller se venger des monarques hautains qui osèrent lui envoyer si pitoyables troupes pour le défaire. Il parcourut toutes les régions du monde à la recherche de ces infâmes, pourfendant quiconque se trouvait sur son chemin. Lorsque les têtes des rois furent accrochées à la ceinture du chevalier noir, celui-ci s’en retourna à son château, brûlant et pillant tout sur son passage.
La morale de mon histoire ? Faut pas faire chier le chevalier noir…
Tout est dans ce regard. Vous savez, ce regard qu’on croise parfois, sur un visage illuminé, dans le métro. Tout est terne, tout est habituel. Puis il arrive. Et tout change. Ce regard qui vous traverse, qui rentre à l’intérieur et continue à vous parler après un mois. Par ce que ce regard parle, mais plus que ça, ce regard, c’est un être vivant. C’est même l’être vivant le plus vivant qu’il vous a été donné de rencontrer. Il est aussi très paradoxal. Il est à la fois tout petit et il occupe toute la place. Il fait peur en même temps qu’il rassure. Il est agressif, mais il est serein. Il est universel, et pourtant, il donne l’étrange impression de n’être adressé qu’à vous. Quelle est l’utilité d’inventer des machines, de rechercher le bonheur, de répondre à des grandes questions, alors que tout est dans ce regard. Ce regard répond d’un coup à toutes les questions, mais il en apporte le double. Ce regard, il nous met face à nous même et face à la vie. Il est le miroir d’une âme si particulière qu’il en devient accessible à tous. Ces deux ouvertures rondes, des deux orbites humides se font la porte ouverte vers le néant et vers le paradis. Ce regard c’est tout, c’est rien. Ce regard c’est furtif, c’est éternel.
Un lendemain de fête, boulevard saint-germain,
Osiris flamboyant, au-delà des façades,
Craintif d’éveiller les humeurs maussades,
S’insinue dans les rues de Paris le matin.
Les timides bourgeons, square du vert galant,
Tout doucement dévoilent la blancheur des fleurs,
Témoin de la gaieté qui envahit les cœurs
Des rêveurs enfantins, c’est Paris au printemps.
Le fourmillement joyeux, jardin des tuileries,
Des mille citadins profitant d’un instant
De Paix subtilisé au joug des intendants,
Cet instant, mon ami, c’est Paris à midi.
Musiciens en sueur à Saint-Germain des prés,
Harmonie intangible entre joyeux lurons,
Sous un soleil de feu, sonnent accordéons,
Guitares et pianos, c’est Paris en été.
Doux cortège incessant, sur les Champs-Élysées,
La fraîcheur tout à coup s’empare des ardeurs,
Et apaise les peines des douloureux labeurs,
Cette sérénité, c’est Paris en soirée.
L’enthousiasme étudiant, place de la Sorbonne,
Tout est beau, tout est simple, le vent caressant,
Les visages marqués de projets insouciants,
La roue tourne sûrement, c’est Paris en Automne.
L’incessante parade rue de Rivoli,
Miraculeusement a été désertée,
Le silence de la nuit, ami des va nu pieds,
A envahit les rues de Paris à minuit.
Le temps semble figé à l’école militaire,
Le grand brasier glacé attise les passions,
Et le froid malgré lui, pousse les ambitions,
Des rêveurs solitaires, c’est Paris en Hiver.
Une aventure d’un burlesque absurde, un cheminement désastreux et pourtant égayant, un esprit simple et optimiste qui connaît une à une toutes les désillusions possibles. Pourtant, Voltaire met cet esprit d’une apparente naïveté au service des plus grandes questions. Le lecteur est à des lieux de se douter que la joie qu’il ressent à parcourir le roman est générée par les questions qu’il est amené à se poser, malgré lui. On ne se lasse pas d’être tour à tour attendri par la bonté du héros, touché par sa vertu si pure, émerveillé par son humilité, admiratif de son humanité.
« Qu’est-ce que l’optimisme ? disait Cacambo. Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Ce paradoxe renferme l’âme de l’ouvrage. Des considérations d’ordre fataliste constituent le foyer de l’optimisme qui anime le héros. L’immuabilité du destin, l’idée de prédestination, d’impuissance face à la réalité, est ici la raison même de la vision positive des événements : « tout est bien ». Mille et une déceptions, horreurs et caprices parsèment le chemin de Candide et parmi elles, chacune est une justification au plus grand désespoir. Pourtant, la gaieté d’un cœur bien décidé à ne jamais perdre sa pureté et son innocence préserve le héros de tout sentiment négatif. Pourtant, après toutes ces bourrasques qui, ayant chacune manqué d’éteindre la flamme de l’optimisme, n’ont fait que l’alimenter, après toutes ces épreuves, l’optimisme est éteint par l’ennui. Ne dit-on pas de l’oisiveté qu’elle est mère de tous les vices ?
« Hitler, recalé ». L’inconscient qui a un jour prononcé ces deux mots n’avait aucune considération du drame qu’il allait déclencher. Eric-emmanuel Schmitt revient sur l’évolution intérieure du dictateur et explore des domaines vastes et obscurs des sentiments et des passions. En parallèle, il nous propose une histoire alternative : et si l’inconscient, à cette époque, avait été conscient ? Et si les mots qu’il avait prononcés avaient été : « Hitler, admis. » ? Le cours de l’histoire en aurait certainement été bouleversé, mais ce à quoi l’auteur s’attache, c’est l’évolution intérieure du dictateur à partir de cette bifurcation du destin. Le roman est d’abord la présentation d’un humain, une démystification d’une légende obscure, aussi gênant que cela puisse paraître, Schmitt met en valeur l’humanité d’Hitler. Loin de chercher à pardonner quoi que ce soit, il cherche en premier lieu à comprendre, et une telle entreprise nécessite un effort et une implication personnels intenses. C’est une véritable épreuve, tant au niveau humain qu’intellectuel, qu’une telle recherche d’introspection et d’intérêt pour un individu qui pourrait pourtant sembler si inhumain. Une épreuve que l’auteur se porte garant de passer, permettant ainsi au lecteur de se poser de nombreuses questions sur lui-même et sur l’humain. Cette ambition d’humanisation est appuyée et renforcée par l’autre partie de l’ouvrage. Contrairement à ce que l’on pourrait être amenés à croire, l’auteur s’attache beaucoup moins à la déviation historique, à laquelle il fait quelques allusions de temps à autres en guise de repères contextuels, qu’à la différence d’édification spirituelle et humaine à laquelle Hitler aurait pu être soumis. Dans cette partie du roman, Eric-emmanuel Schmitt trouve l’audace de nous mettre face à nous-mêmes en nous rapprochant d’Hitler, à mesure que l’on est portés par le roman, on en oublie qu’il s’agit du dictateur lui-même. Détail frappant qui illustre la différence entre les deux parties du roman : les deux Hitler ne portent pas le même nom.
Si il me reste un mot à dire, ce serait merci. Merci à l’auteur d’avoir fait cet effort d’introspection et de recherche, d’être remonté à une source cachée dans des montagnes de préjugés, merci de m’avoir mis face à moi-même et face à l’humanité.
Qui ne s’est jamais, en son âme et conscience, posé la question ? A l’inverse qui s’est déjà réellement posé la question ? On fait, évidemment, un point sur sa vie. Qu’a-t on réellement vécu ? Que peut on retenir de notre vie ? Quels sont nos regrets ? Nos souvenirs ? De quoi peut-on se rappeler ? De quelles actions pourra t’on se targuer, une fois dans l’au-delà ? « On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas ou l’on va », d’après Rivarol. Comment un homme qui a passé toute sa vie à « aller de l’avant », peut il trouver la force d’avancer, maintenant qu’il sait ou il va ? La vie, c’est un édifice. Une tour. Durant la totalité du temps qui lui est imparti, l’ouvrier tente de bâtir sa tour. Il cherche et sélectionne tous les matériaux qu’il peut dénicher dans son entourage. Il les traite ensuite avec toute l’attention qu’il peut leur porter. Puis il les taille, les affine, les harmonise, les fait correspondre, les emboîte les uns dans les autres avec en tête un seul et unique but : la haut. Pourtant, plus la tour s’élève, plus le ciel semble s’éloigner. On imagine alors des plans grandioses, des idées phénoménales pour atteindre ce ciel qui nous semble si lointain. On entrevoit par moments un morceau d’azur à travers l’épaisse couche de nuages et cette partie de ciel nous donne la force de continuer sans cesse à bâtir toujours mieux, toujours plus haut. Par hâte, il nous arrive de précipiter la construction de l’édifice, pour atteindre encore plus tôt le bonheur qui semble si certain, en haut. Parfois, une tour trop sommairement bâtie par crainte de voir les cieux s’éloigner pour de bon, s’écroule. Comme cela semble beau, derrière les nuages, comme le monde semble parfait, là haut. Toutes les pensées sont tournées vers cet infini dont on scrute les frontières et dont on attrape quelques faibles rayonnements, source d’une énergie et d’une volonté. Aucun homme n’a jamais envisagé l’arrêt brutal de son entreprise. Aucun ne s’est jamais demandé ce qu’il ferait, une fois arrivé là haut. Personne ne se l’est jamais demandé, et personne n’y est jamais arrivé, là haut. Nous, matérialistes, impies, hérétiques, sceptiques et autres scientifiques, aspirons à un but qui n’a jamais été atteint par aucun d’entre nous.
Heureux, celui qui peut poser ses outils et s’asseoir en haut de sa tour. Heureux, l’homme qui a abandonné la course au bonheur. Heureux, celui qui a su s’arrêter et apprécier le paysage actuel, sous les nuages. Heureux n’est pas humain. Humain est celui qui poursuit un lendemain mystique sans cesse reporté au jour d’après. Humain est la victime de l’infinité de sa construction. Humain a toujours un avenir, un jour suivant promis par ce ciel vers lequel on semble tendre, désespérément. La mort d’Humain, c’est après-demain. Après le ciel. Humain n’est pas prêt à mourir avant d’avoir atteint le sommet de sa tour. Pourtant, il meurt toujours avant, bien avant que sa tour ne soit finie. La vie est une course infinie, et pourtant, un jour, elle est terminée.