
Il était dans un village perdu dans les montagnes, un jeune homme. La communauté vivait au sein de la vallée et nul besoin n’était pour aucun d’entre tous les villageois de n’en jamais sortir. En vérité, aucun n’avait jamais vu l’extérieur de la vallée. Le monde, pour ces villageois, c’était la vallée, et aucun ne ressentais le besoin d’aller explorer au-delà des crêtes. Le jeune homme était voué à une vie paisible dans ce monde certain et n’avait même pas conscience du monde extérieur. Un jour, un homme passa le col et arriva au village. Il était vieux, boiteux, faible et pourtant la flamme qui brillait au fin fond de son regard témoignait d’une énergie et d’une bienveillance incomparables. Chaque villageois le dévisageait : aucun homme qui n’était pas né dans la vallée n’y avait jamais pénétré. Comme indifférent à la multitude d’interrogations qu’assenaient les regards furibonds, le vieillard se dirigea vers le jeune homme, comme si il avait su exactement à qui s’adresser. Il s’arrêta devant lui, le fixa un long moment de son regard illuminé et prononça ces trois mots : « Ou vas-tu ? ». Le jeune homme voulut répondre mais quelque chose dans l’expression du vieil homme l’en empêchait. Le visage du vieillard, marqué par le temps, l’incitait à ne pas répondre, mais à réfléchir. Puis l’homme se détourna et ce fut la dernière fois que le village en entendit parler. Mais le monde parfait et bien connu, dans lequel le jeune homme semblait trouver parfaitement sa place avait été bouleversé par la question du vieil homme. Pendant plusieurs mois, il connut l’agitation. Pour la première fois de sa vie, le sommeil vint à lui manquer. Il ne comprenait plus. Une nuit, après que le village se fût couché, il partit. Il franchit le col avec une idée en tête : retrouver le vieillard. Il ne savait pas ou il était, et il ne savait pas comment s’y prendre, mais il savait qu’il devait absolument le retrouver. Alors, le jeune homme se mit à marcher. Il traversa les vallées, gravit les pics, franchit les cols, passa les villes, navigua les fleuves et les océans, l’espoir renaissant dans son cœur à la vue de chaque horizon nouveau. Il parcourut le monde qui lui était inconnu pendant des années. Mais lui-même ne savait pas ou il allait, ne savait pas si il allait jamais trouver le vieillard. Un jour, au pied d’un mont, la brume se fit très forte. Le jeune homme décida pourtant d’emprunter la route qui passait par ce mont. Il avançait, pas à pas, découvrant à chaque instant, une nouvelle parcelle de chemin. Il s’enfonça dans le brouillard de plus en plus profondément, chaque virage lui apportant l’espoir de voir son but ultime enfin concrétisé. Enfin, il le fut. Au détour de ce chemin brumeux, le vieillard se tenait là, plus vieux encore et voûté qu’il ne l’était auparavant, mais la flamme dans ses yeux avait gardé la même intensité. Il était assit, là, il semblait avoir attendu le jeune homme depuis toujours. Il s’assit à son tour, fixa le vieillard. Cette fois ci, les traits profonds de l’homme l’incitaient à dire ce qu’il avait à dire, alors il parla. « Je ne sais pas ou je vais », dit-il. Pendant un long moment, le vieillard fixa le jeune homme. La flamme de son regard semblait le transpercer tout entier, le brûler d’une passion ardente et bienveillante. L’homme sourit. Il ouvrit la bouche répondit : « On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas ou l’on va. »